Kultur | 21.11.2011

Bob Dylan forever?

Bob Dylan. Si comme moi vous avez la vingtaine, vous êtes probablement incapables de fredonner le moindre de ses tubes; mais vous savez au fond, on vous l'a répété souvent, que cet homme-là  est une légende, un monstre de la musique.
Bild: AFP markknopfler.com

 

Depuis le début du mois d’octobre, Robert Zimmerman de son vrai nom a repris la route, peut-on supposer pour la dernière fois? A 70 ans bien sonnés, il s’offre une tournée européenne avec son acolyte Mark Knopfler, ex-leader du groupe Dire Straits. Et si ce nom-là  non plus ne vous inspire aucun refrain, soyez pourtant sûrs qu’il force tout autant le respect des mélomanes. Ce sont donc non pas une mais deux pointures qui, réunies au programme de l’Arena de Genève, ont investi la scène mardi dernier. Pourtant, si la collaboration entre les deux artistes ne date pas d’hier (on retrouvait déjà  Knopfler et sa guitare sur l’album «Slow Train Coming» enregistré par Dylan en 1979), ils n’ont de cesse depuis le début de la tournée de faire scène à  part: chacun son tour, et tant pis pour ceux qui rêvaient d’un duo! Règle n°1: ne jamais être là  où le public l’attend.

 

Les portes s’ouvrent et oh surprise, que de jeunes dans la salle! Je me sens tout à  coup moins déphasée; mais que sommes-nous tous venus chercher? Savons-nous même vraiment qui nous allons rencontrer? Les deux artistes comptabilisent ensemble 132 ans au compteur; mais pourtant l’affiche est loin d’être has been. Tels des disciples venus écouter les vieux sages, nous sommes mus par la volonté de découvrir cette musique qui n’a pas bercé notre enfance. Insatisfaits de ce que la radio nous crache, frustrés de ne pas avoir assez de recul sur notre époque pour voir ce qu’il s’y cache de grand: nous répondons sans hésiter à  l’appel des indétrônables. Leur aura est si puissante qu’il ne peut en être autrement; leur prestation sera un instant mémorable.

 

Mark Knopfler, qui n’a rien perdu de sa superbe voix, enchante toujours par sa guitare légère et sa voix profonde qui de concert murmurent mille merveilles. Et à  l’écoute de son répertoire personnel, agrémenté parfois de violon et de flûte, on se sent vite partir loin, très loin vers les collines verdoyantes suintant sous la brume d’Ecosse. On a toutefois tôt fait d’atterrir une fois Dylan en scène. La voix fatiguée, il crachote ses mélodies plus qu’il ne les chante, jusqu’à  les rendre méconnaissables; cauchemardesque pour les non-initiés. Les plus fervents auront su apprécier ses tubes revisités à  la sauce tantôt rockabilly, tantôt plutôt folk. Mais pour les débutants avides d’approcher le maître, le coup est dur. Après quelques titres, quelques visages tristes fuient déjà  vers les portes. Car si certains ne l’avouent qu’à  mi-mot, d’autres ont moins de scrupules à  tacler la légende: Bob Dylan est vieux.

 

Le public, tous horizons confondus, se console en constatant qu’une soirée un peu âpre ne peut, au fond, entacher cinq décennies de carrière. Alors, même pour nous qui sommes nés trop tard pour le comprendre, Bob Dylan restera toujours Bob Dylan. Et une fois passée la déception, une fois ravalée l’amertume, reste la fierté de dire: j’y étais.